Le droit et les « textes sacrés »
Dans le Nouveau Testament, Jésus est interrogé au sujet du paiement de l’impôt aux romains
Lorsque l’on parle du droit, le commun des mortels pense à plusieurs idées : les lois, la justice et ses institutions ou encore les droits fondamentaux et obligations du citoyen. Toutes des notions qui font évidemment partie de cette matière aussi vaste que fondamentale dans une société.
Pour pouvoir donner une définition globale, le droit est tout simplement l’ensemble des dispositions interprétatives ou directives qui, à un moment et dans un État déterminé, règlent le statut des personnes et des biens, ainsi que les rapports que les personnes publiques ou privées entretiennent. Le droit permet donc d’organiser la société, et surtout les rapports qui découlent des interactions entre les personnes ou leur rapport avec les biens. C’est donc une matière qui a pour vocation d’organiser pour prévenir les litiges et délits qui pourraient potentiellement avoir lieu.
Cependant, pour certains croyants, les dispositions législatives qui sont mises en place par les États peuvent être opposées voire contraires à des convictions fondamentales.
Alors, est-ce que l’on peut considérer que le droit et les textes sacrés sont réellement incompatibles ? Dans plusieurs livres sacrés, la place du droit est abordée et même parfois valorisée (I) malgré sa mise en opposition fréquente avec certaines pratiques religieuses (II).
I) Le droit selon plusieurs livres sacrés
Si l’on s’intéresse à la Torah1, on peut y voir dans Deutéronome 19:5 des dispositions prévues dans le cadre de ce qu’on appellerait aujourd’hui un homicide involontaire : « Un homme, par exemple, va couper du bois dans la forêt avec un autre homme ; la hache en main, il s’élance pour abattre un arbre ; le fer échappe du manche, atteint le compagnon de cet homme et lui donne la mort. Alors il s’enfuira dans l’une de ces villes pour sauver sa vie. » Deutéronome 19:5 LSG.
On observe aussi des dispositions prévues pour des délits qu’on qualifierait aujourd’hui de témoignage mensonger : « Lorsqu’un faux témoin s’élèvera contre quelqu’un pour l’accuser d’un crime, les deux hommes en contestation comparaîtront devant l’Éternel, devant les sacrificateurs et les juges alors en fonction. Les juges feront avec soin des recherches. Le témoin est-il un faux témoin, a-t-il fait contre son frère une fausse déposition, alors vous le traiterez comme il avait dessein de traiter son frère. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi. Les autres entendront et craindront, et l’on ne commettra plus un acte aussi criminel au milieu de toi. » Deutéronome 19:16-20 LSG.
Lorsque l’on regarde le Nouveau Testament, Jésus est questionné concernant le paiement de l’impôt aux Romains. Les Juifs vivent sous occupation romaine, le paiement de l’impôt à Rome est donc vécu comme une sorte d’oppression et d’abus. Jésus va donner une réponse surprenante pour l’époque : «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » Matthieu 22:21.
La pièce de monnaie dont il est question dans ce passage est à l’effigie de César. En utilisant cette monnaie, on reconnaît donc que l’autorité en place à cette époque n’est autre que l’autorité romaine. Par conséquent, l’impôt lui revient donc de droit. Jésus n’entre pas dans un débat sur l’injustice voire l’oppression que représente le paiement de cet impôt : sa réponse reste purement factuelle.
Cependant, la même Bible parle dans Daniel 3 de jeunes hommes qui refusent d’obéir à l’ordre du roi car cet ordre les pousserait à adorer un autre dieu.
Très souvent, certains croyants s’appuient sur ces passages pour opposer le droit à la parole de Dieu en expliquant que certaines dispositions vont à l’encontre de leur foi.
C’est à ce moment précis qu’on estime que le monde juridique et même politique est incompatible avec la vie d’un pratiquant, car forcément incompatible avec son mode de vie et ses convictions.
II) Les pratiques religieuses face aux droits et libertés fondamentales
Dans son essence, le droit n’est qu’un moyen par lequel les États / dirigeants passent pour organiser une société. Dieu lui-même va utiliser ce procédé pour organiser le peuple d’Israël, car celui-ci sort de l’esclavage et n’a aucune idée de ce qu’est la vie en tant qu’individu libre en société. En tant que croyants, il est donc primordial de s’intéresser à ces dispositions qui régissent nos sociétés afin d’être un modèle dans ce domaine. Cependant, les pratiques religieuses permettant l’exercice de la foi de tout un chacun font face aux droits et libertés fondamentales.
Pendant la pandémie de COVID-19, la loi du 23 mars 20202 crée un nouveau régime juridique : l’état d’urgence sanitaire. Exceptionnellement, le Premier ministre et le ministre de la Santé peuvent donc prendre des mesures qui portent atteinte à certaines libertés fondamentales. Ex : la liberté d’aller et venir.
Les lieux de culte n’ont donc pas échappé à cela : malgré le déconfinement qui interviendra par la suite, les lieux de culte restent totalement fermés. Plusieurs associations et membres du clergé saisissent donc le Conseil d’État contre l’interdiction des messes publiques imposées, au motif que ces mesures portent une atteinte disproportionnée à la liberté de culte.
C’est donc une conciliation entre liberté de culte et protection de la santé publique qui était nécessaire et délicate à trouver. La liberté de culte, tout comme toute autre liberté fondamentale, entre fréquemment en tension avec d’autres. Ex : la liberté d’expression face au respect de la vie privée. L’Église catholique aura finalement gain de cause, car le gouvernement décidera de revoir peu à peu les restrictions qui concernaient les lieux de culte.
Nous pouvons aussi traiter du respect des normes concernant les salles de culte. Beaucoup de salles ne disposent pas des prérequis de sécurité en cas d’incendie, par exemple. Des espaces minimaux sont normalement aménagés entre les rangées de chaises pour permettre une évacuation en cas d’urgence. Les bâtiments doivent de même pouvoir être accessibles aux personnes handicapées via un élargissement des portes ou la mise en place de rampes. Combien de lieux de culte (évangéliques je peux le préciser ?) le respectent réellement, rien qu’en Île-de-France ? La liberté de culte est certes présente mais ne prévaut pas toujours sur le devoir de protection des personnes.
On voit donc que même dans les organisations cultuelles, une conciliation est nécessaire afin d’éviter de basculer dans le domaine délictuel.
Le droit est une nécessité pour l’organisation de la société et les cultes, faisant partie intégrante de celle-ci, ne font pas exception à la règle.
- La Torah, dans le judaïsme, correspond aux 5 premiers livres de la Bible ↩︎
- LOI n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 ↩︎
Article rédigé par : Cynthia Rinaldie , 2026
Publié sur : https://leberetrouge.fr/
